CULTURE

Et vivre encore ! Le livre de Peyo, atteint de sclérose en plaques. Rencontre

Peyo, c’est Pierre de Cabissole, né en 1980 dans le sud de la France. Il passe tous ses étés à Contis, dans le sud ouest, entre l’océan, les copains et la famille. Son père l’initie très tôt au surf. Il lui transmet sa passion et fait de Peyo un surfeur émérite mais surtout un « mordu » : ce qu’on dit des surfeurs qui construisent leur vie autour de cette passion, qui partagent et vivent des valeurs telles que la liberté, l’humilité, la persévérance, le dépassement de soi…Peyo est aussi entrepreneur à Paris. Il a créé SupaMonks il ya 10 ans, une société de production de films d’animation. Scénariste, réalisateur et producteur,  il crée des dessins animés donc, un métier plutôt cool. Il y a dix ans, on lui a diagnostiqué une sclérose en plaques, sous sa forme la plus agressive. Il ne pourra pas guérir. Mais vivre avec. C’est justement ce rapport à la vie que Peyo décrit dans son livre, et cette maladie incurable qui l’a profondément modifié. Et vivre encore est sorti cette semaine chez Grasset. Un livre émouvant, intelligent et très souvent drôle. Rencontre.

Le Surf

Rendez-vous pris à La Surferie, à Paris. On a parlé surf un moment, un long moment. J’ai pourtant préparé mes questions sur son livre mais il décrit si bien ces sensations à l’eau que j’ai envie d’en savoir plus. En fait, Peyo, c’est un surfeur, un passionné. Il est né avec le surf, il a ça en lui. Son père lui a transmis cette passion et il a pu l’assouvir tous les étés. « il me faisait ramer des heures, d’est en ouest. Le surf c’est la rame. Je n’ai même pas le souvenir d’avoir appris, j’ai su surfer point. »

Son papa

Peyo à 8 ans

Il n’a jamais eu peur des vagues, jamais peur de la mer, jamais peur des autres. Contrairement à ceux qui débutent tard et qui doivent apprivoiser ces peurs. Peyo nous pique d’ailleurs, dans son livre, nous les apprentis surfeurs, quand il dit que celui qui commence tard ne pourra jamais être un bon surfeur…Bon. En fait c’est vrai, nous, on doit d’abord apprendre à sauver notre peau, à prendre des vagues, à gagner en assurance… Mais on s’amuse. C’est ce qui compte. Il le concède. Il rit.

Oui mais voila. Peyo ne peut plus surfer. Plus comme avant c’est certain. Et c’est finalement l’une des raisons pour laquelle il a écrit son livre. Pas la seule et pas la plus importante mais une raison importante. Cette maladie neurologique l’empêche de tenir sur ses jambes, sur ses appuis et de monter sur une planche pour prendre une vague. Je comprends bien sa peine, je l’imagine plutôt. Je sais à quel point le surf est frustrant mais aussi quel plaisir unique il procure et comment on peut penser ou repenser sa vie pour assouvir ce plaisir.

En famille, l’été à Contis

Pas de place pour la pitié néanmoins. Quand on rencontre Peyo on préfère discuter, rire, échanger… et imaginer des solutions pour qu’il puisse retrouver des sensations de glisse, aller avec lui « rider ».  Il force l’admiration. Il ne se plaint pas et continue, s’adapte, avance. Le fait d’écrire un livre en est la preuve. Pour lui, c’est simple et naturel. Il aime écrire. Son livre est bien écrit et drôle, son style authentique et incisif. On le dévore. C’est qu’il écrit vraiment bien Peyo. Il décrit sa maladie et ce qu’elle implique, elle lui est tombée littéralement dessus, mais aussi sa vie, la vie en général. Il a une façon de la décrire qui est très juste et très drôle. Quand il parle des lenteurs administratives on vit ses déboires avec lui. Sauf que les nôtres concernent les impôts ou la sécu, pas notre vie.

La maladie, les médecins

Cette maladie n’est pas si bien comprise. Je me doutais que c’était pénible à vivre évidemment mais je ne mesurais pas la douleur qu’elle impliquait. Et cette peur qu’il retranscrit très bien, celle que ça s’empire.

Peyo ne se définit pas par sa maladie, il en parle et nous sensibilise aux difficultés qu’il rencontre. Il y dépeint un milieu hospitalier, froid, parfois cruel où la compassion n’a aucune place. Après tout, on apprend pas aux médecins à être sympas ou chaleureux, ils traitent des cas. Il est un cas. Il a cette phrase dans son livre, quand il attend un rendez-vous à l’hôpital : son médecin neurologue lui dit  « vous êtes encore là? ». Interloqué, il pense sa réponse : « oui, désolé je  vais dégager le plancher mais c’est un peu l’inconvénient d’exister : il faut bien se situer à un endroit ». Je ris.

La maladie lui met les nerfs à vif. Mais il ne lâche rien, comme lui disent ses médecins. « Vous êtes malade comme un chien mais vous avez la force d’un turc. » lui dit son urologue. Tous les jours, Peyo traverse l’allée de 100 m qui sépare les locaux de Supa Monks et le supermarché. « Je fais l’effort chaque jour pour aller chercher mon dej, parce que c’est toujours ça de pris. »

Ne rien lâcher.

Une stratégie.

« Je ne pense pas être plus costaud ni plus courageux qu’un autre. Quand on est malade on inspire la pitié ou l’admiration. Je préfère susciter de l’admiration. C’est une stratégie. Je tire une force de l’admiration des autres. »

« Je suis malade mais j’ai envie de construire en face. J’ai la volonté de faire quelque chose, de tout faire pour que ma fille soit heureuse. Mon seul objectif c’est que ma fille soit heureuse dans la vie.  Je ne peux pas surfer mais je testerais peut-être le handi kite cet été. J’étais bon snowboarder, j’ai essayé le handi ski cet hiver, c’était génial de retrouver ces sensations de glisse. J’ai adoré. » Il a ça en lui, je le disais.

Pourquoi ce livre ?

« Maylis, ma cousine, m’a mis au défi. J’étais à l’hôpital pour un mois, à Saint–Joseph, où elle travaille comme médecin urgentiste. » C’est elle qui l’a poussé à faire ses premiers examens, pensant que quelque chose n’allait pas, juste avant qu’on ne lui diagnostique la sclérose en plaques.

« le 1 er jour on mange ensemble à midi. Je lui dis : je veux écrire un livre. Elle me dit : bah fais le. Pas cap. Je me dis, elle est relou elle et je le fais . Je voulais l’écrire pour ma femme. Elle ne sait pas par quel bout me prendre. Je ne verbalise pas, je ne me plains pas. Elle voit que je suis fatigué seulement quand je tombe. J’avais envie de tout lui raconter. Lui dire que je l’admire. On m’admire moi mais pas elle. Alors que les accompagnants souffrent aussi. Jamais personne ne lui témoigne de l’admiration. Quand je lui dis : tu aurais mérité une autre vie, elle me répond : mais toi aussi. »

« Ce livre est une façon de lui rendre hommage », parce que dit-il « on ne fait pas assez attention aux accompagnants ». Je dirais que c’est une belle déclaration d’amour à sa compagne mais aussi à sa fille. Et son livre ne nous laisse pas indemne, il nous questionne sur la vie, nos modes de vie, l’essentiel,  ce qu’on est , ce qu’on transmet.

Il ne se rend pas compte qu’il a écrit un livre. Il nous dit « C’est pas dingue, il en sort 12 par jour … et j’aime écrire. J’espère qu’il va aider. Vous n’êtes pas les seuls à vous chier dessus, vous êtes pas les seuls à avoir peur de l’avenir… »

Il y décrit l’essentiel : ses amis qui le soutiennent et l’épaulent, sa femme, présente, sa fille, sa merveille. « J’aimerais que mon livre soulage. Qu’on prenne du recul sur la vie. »

Il y questionne le rapport au corps. « Mon corps et moi on est coloc’. Il est un peu relou, il laisse ses chaussettes trainer et tout..mais je l’aime quand même. Je suis vraiment 2. J’entretiens mon corps et mon esprit séparément. Je lui en ai longtemps voulu. Aujourd’hui moins. Ok il laisse sa vaisselle trainer dans l’évier. Mais il m’a permis d’écrire ce livre »

Un poète à écrit ça d’ailleurs nous dit-il : seul le corps peut écrire !

Et vivre encore, chez Grasset disponible à la Fnac, Amazon… https://www.amazon.fr/vivre-encore-Pierre-Cabissole/dp/2246819857

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